• 650 Champlain suite 102 Dieppe Nouveau-Brunswick

    Dieppe Moncton Shédiac Riverview

  • (506) 380-9546

par René Caissie

Voilà une question qui est perpétuelle quand on aborde ce sujet ! À chaque fois qu’on est témoin des performances du célèbre fascinateur, Messmer, on a raison de devoir se poser de sérieuses questions à l’égard de l’hypnose. Même si cette technique ou méthode de communication est utilisée depuis bien longtemps, la majorité demeure malheureusement sceptique quant à son existence. Étant donné que les théoriciens ont divergé quant à l’explication qu’on a pu en faire au cours de l’histoire (Yapko, 2003), il a alors été difficile de bien comprendre le phénomène de l’hypnose et d’en arriver à trouver un consensus au sein de la communauté scientifique.

Par contre, aujourd’hui, avec les nouvelles technologies médicales disponibles, il est beaucoup plus facile de démontrer l’existence de différents phénomènes neurologiques reliés à l’hypnose. D’ailleurs, lors du dernier Congrès annuel de la Société québécoise d’hypnose, deux chercheurs de Montréal (Amir Raz de l’Université McGill et Pierre Rainville de l’Université de Montréal) ont pu partager les résultats de leurs études qu’ils mènent d’ailleurs de façon rigoureuse à l’aide de techniques d’imagerie. En dépit de la preuve convaincante de l’existence de ce phénomène et de l’efficacité de cette approche, les praticiens utilisant l’hypnose doivent continuellement prouver et démontrer l’existence de ce phénomène qui demeure mystérieux aux yeux de plusieurs. Bien que ce soit le domaine de la médecine et de la psychologie qui en ont principalement exploité les bienfaits depuis quelques siècles, les praticiens au sein même de ces professions semblent méconnaître le phénomène ou même l’impact que cet outil pourrait avoir dans leur profession respective. L’hypnose de spectacle est en grande partie responsable des fausses croyances qui sont véhiculées au sujet de l’hypnose au public. Par le biais de cet article, je vais tenter de clarifier davantage ce qu’est l’hypnose de spectacle afin de mieux comprendre ce qu’elle l’hypnose réelle.

Theodore X Barber (Zilbergeld, Edelstien, & Araoz, 1985) a d’ailleurs tenté d’expliquer l’hypnose de spectacle. Déjà, il affirme qu’il faut avoir un œil critique par rapport à ce qu’on peut observer dans les spectacles d’hypnose. On peut même comparer ces spectacles à de la magie et on peut constater que la manipulation fait inévitablement partie de la performance pour divertir l’auditoire. Dans un livre qui porte sur l’hypnose de spectacle intitulé A Complete Course in Stage Hypnotism, il est même indiqué clairement que le spectacle d’hypnose doit être falsifié, au moins en partie, afin qu’on puisse être un divertisseur (terme plus juste qui sera employé tout au long de cet article) efficace et qu’on doit même oublier d’essayer d’être un hypnotiseur légitime. L’auteur avoue qu’il s’agit en partie de manipulation. Plusieurs études (Yapko, 2003) démontrent qu’environ 85% de la population auraient des prédispositions à être hypnotisée. Par conséquent, on peut déjà dire que le divertisseur qui pratique l’hypnose de spectacle n’est pas très efficace étant donné qu’il ne parvient qu’à hypnotiser une minorité de la salle sur scène. On peut expliquer ça de différentes manières. Tout d’abord, le divertisseur fait une sélection bien soignée afin de choisir les sujets étant les plus hypnotisables en faisant des tests d’hypnotisabilité en ordre croissant de difficulté. Ce ne sont que ceux qui répondent à tous les tests qui finissent par être sélectionnés et à monter sur scène. Ceux qui ne répondent pas à tous ces tests ou qui ne collaborent pas avec le divertisseur sont retournés à leur siège et souvent de façon plutôt discrète (chuchotements à la personne de retourner s’asseoir) afin que l’auditoire n’en soit pas conscient.

En plus de l’impact du niveau d’hypnotisabilité chez les sujets qui participent au spectacle, d’autres facteurs contribuent à ce que ces derniers répondent favorablement aux suggestions. Premièrement, la motivation, les attentes et l’attitude positive sont des composantes primordiales qui incitent le sujet à mieux répondre aux suggestions. Deuxièmement, la crédibilité du divertisseur peut également avoir un impact positif sur le degré de réponse et de la collaboration du sujet. Troisièmement, il existe une pression implicite de la part de l’auditoire à répondre favorablement aux suggestions. Quatrièmement, il peut également y avoir un effet de soumission face au divertisseur.

De plus, le divertisseur peut manipuler l’information pour qu’elle paraisse crédible. Par exemple, le divertisseur peut suggérer à une personne d’imiter une personne célèbre, suggérer au sujet de se transformer en cette personne (ex : il aurait pu suggérer à la personne d’imiter un chanteur connu alors que l’auditoire a pu comprendre que la personne était transformée en cette personne). En somme, toutes les paroles prononcées par le divertisseur ne sont pas entendues par l’auditoire. De plus, il peut utiliser toutes les réactions des sujets à son avantage. Face à un sujet qui ne répond pas à une suggestion, il peut alors suggérer qu’il soit dans un état de transe profonde et que la personne puisse sembler endormie alors qu’elle ne l’est pas du tout.

Par ailleurs, lors de différents tests d’hypnotisabilité, il peut éviter de vérifier la réponse exacte de la personne. Notamment, sur le test de l’attraction des mains, il pourrait dire que la personne a de la difficulté à se séparer les mains alors qu’il ne lui suggère pas du tout de tenter l’expérience. Pour tester la réponse à une suggestion d’analgésie, il peut faire des vérifications banales (déplacer une flamme en frôlant rapidement un membre ou piquer une personne à un endroit du corps naturellement plus insensible) qui donne l’impression que la personne ne ressent aucune douleur, mais qui pourrait tout simplement provoquer un inconfort minime chez n’importe qui. Par conséquent, il ne fait pas une vérification adéquate de cette sensation d’analgésie qui peut d’ailleurs ne pas avoir été induite du tout.

Certains phénomènes peuvent paraître plus spectaculaires, notamment l’amnésie. En effet, c’est un phénomène qu’on connaît en psychothérapie. Elle peut se présenter comme mécanisme de défense dans le cadre de certaines pathologies comme elle peut tout autant être saine comme réaction. Dans une étude, on a pu révéler qu’il y aurait 1% d’un groupe de collégiens qui auraient une prédisposition à vivre une amnésie instantanée ou une amnésie post- hypnotique. Bien qu’elle puisse être réelle, elle n’est que transitoire. On a remarqué que ce phénomène était plus présent chez des gens avec un niveau d’hypnotisabilité très élevé. Par conséquent, les amnésies qui peuvent être induites chez les sujets lors de spectacles peuvent être tout à fait réelles, mais ce sont généralement des gens fortement hypnotisables que le divertisseur a minutieusement sélectionnés et qui sont également prêts à collaborer. Lors d’expérience avec l’hypnose clinique, il y a rarement des phénomènes amnésiques et les sujets sont pleinement conscients des expériences qu’ils vivent. De façon générale, le divertisseur donne l’impression à l’auditoire qu’il exerce un contrôle absolu sur les participants. Même au contraire, dans l’hypnose réelle, le sujet est en plein contrôle de ce qui peut se passer durant une séance thérapeutique.

En somme, en sachant que l’hypnose de spectacle correspond qu’en infime partie à la réelle description de ce qu’est la véritable hypnose, l’appellation porte alors à confusion. L’appellation devrait alors être révisée afin qu’elle ne puisse induire en erreur la population quant à sa véritable utilité. Malheureusement, il n’y a aucune loi qui ne régisse ce genre de spectacle présentement, donc il se pourrait bien que ces spectacles continuent à renforcer les fausses croyances véhiculées à son endroit.

Références :

Yapko, M. D. (2003). Trancework : An Introduction to the Practice of Clinical Hypnosis (3rd Edition). Brunner- Routledge: New York, New York.

Zilbergeld, B., Edelstien, M. G., & Araoz, D. L. (1985). Hypnosis: Questions & Answers. W. W. Norton & Company, Inc. New York: New York.

by René Caissie

Voilà une question qui est perpétuelle quand on aborde ce sujet ! À chaque fois qu’on est témoin des performances du célèbre fascinateur, Messmer, on a raison de devoir se poser de sérieuses questions à l’égard de l’hypnose. Même si cette technique ou méthode de communication est utilisée depuis bien longtemps, la majorité demeure malheureusement sceptique quant à son existence. Étant donné que les théoriciens ont divergé quant à l’explication qu’on a pu en faire au cours de l’histoire (Yapko, 2003), il a alors été difficile de bien comprendre le phénomène de l’hypnose et d’en arriver à trouver un consensus au sein de la communauté scientifique.

Par contre, aujourd’hui, avec les nouvelles technologies médicales disponibles, il est beaucoup plus facile de démontrer l’existence de différents phénomènes neurologiques reliés à l’hypnose. D’ailleurs, lors du dernier Congrès annuel de la Société québécoise d’hypnose, deux chercheurs de Montréal (Amir Raz de l’Université McGill et Pierre Rainville de l’Université de Montréal) ont pu partager les résultats de leurs études qu’ils mènent d’ailleurs de façon rigoureuse à l’aide de techniques d’imagerie. En dépit de la preuve convaincante de l’existence de ce phénomène et de l’efficacité de cette approche, les praticiens utilisant l’hypnose doivent continuellement prouver et démontrer l’existence de ce phénomène qui demeure mystérieux aux yeux de plusieurs. Bien que ce soit le domaine de la médecine et de la psychologie qui en ont principalement exploité les bienfaits depuis quelques siècles, les praticiens au sein même de ces professions semblent méconnaître le phénomène ou même l’impact que cet outil pourrait avoir dans leur profession respective. L’hypnose de spectacle est en grande partie responsable des fausses croyances qui sont véhiculées au sujet de l’hypnose au public. Par le biais de cet article, je vais tenter de clarifier davantage ce qu’est l’hypnose de spectacle afin de mieux comprendre ce qu’elle l’hypnose réelle.

Theodore X Barber (Zilbergeld, Edelstien, & Araoz, 1985) a d’ailleurs tenté d’expliquer l’hypnose de spectacle. Déjà, il affirme qu’il faut avoir un œil critique par rapport à ce qu’on peut observer dans les spectacles d’hypnose. On peut même comparer ces spectacles à de la magie et on peut constater que la manipulation fait inévitablement partie de la performance pour divertir l’auditoire. Dans un livre qui porte sur l’hypnose de spectacle intitulé A Complete Course in Stage Hypnotism, il est même indiqué clairement que le spectacle d’hypnose doit être falsifié, au moins en partie, afin qu’on puisse être un divertisseur (terme plus juste qui sera employé tout au long de cet article) efficace et qu’on doit même oublier d’essayer d’être un hypnotiseur légitime. L’auteur avoue qu’il s’agit en partie de manipulation. Plusieurs études (Yapko, 2003) démontrent qu’environ 85% de la population auraient des prédispositions à être hypnotisée. Par conséquent, on peut déjà dire que le divertisseur qui pratique l’hypnose de spectacle n’est pas très efficace étant donné qu’il ne parvient qu’à hypnotiser une minorité de la salle sur scène. On peut expliquer ça de différentes manières. Tout d’abord, le divertisseur fait une sélection bien soignée afin de choisir les sujets étant les plus hypnotisables en faisant des tests d’hypnotisabilité en ordre croissant de difficulté. Ce ne sont que ceux qui répondent à tous les tests qui finissent par être sélectionnés et à monter sur scène. Ceux qui ne répondent pas à tous ces tests ou qui ne collaborent pas avec le divertisseur sont retournés à leur siège et souvent de façon plutôt discrète (chuchotements à la personne de retourner s’asseoir) afin que l’auditoire n’en soit pas conscient.

En plus de l’impact du niveau d’hypnotisabilité chez les sujets qui participent au spectacle, d’autres facteurs contribuent à ce que ces derniers répondent favorablement aux suggestions. Premièrement, la motivation, les attentes et l’attitude positive sont des composantes primordiales qui incitent le sujet à mieux répondre aux suggestions. Deuxièmement, la crédibilité du divertisseur peut également avoir un impact positif sur le degré de réponse et de la collaboration du sujet. Troisièmement, il existe une pression implicite de la part de l’auditoire à répondre favorablement aux suggestions. Quatrièmement, il peut également y avoir un effet de soumission face au divertisseur.

De plus, le divertisseur peut manipuler l’information pour qu’elle paraisse crédible. Par exemple, le divertisseur peut suggérer à une personne d’imiter une personne célèbre, suggérer au sujet de se transformer en cette personne (ex : il aurait pu suggérer à la personne d’imiter un chanteur connu alors que l’auditoire a pu comprendre que la personne était transformée en cette personne). En somme, toutes les paroles prononcées par le divertisseur ne sont pas entendues par l’auditoire. De plus, il peut utiliser toutes les réactions des sujets à son avantage. Face à un sujet qui ne répond pas à une suggestion, il peut alors suggérer qu’il soit dans un état de transe profonde et que la personne puisse sembler endormie alors qu’elle ne l’est pas du tout.

Par ailleurs, lors de différents tests d’hypnotisabilité, il peut éviter de vérifier la réponse exacte de la personne. Notamment, sur le test de l’attraction des mains, il pourrait dire que la personne a de la difficulté à se séparer les mains alors qu’il ne lui suggère pas du tout de tenter l’expérience. Pour tester la réponse à une suggestion d’analgésie, il peut faire des vérifications banales (déplacer une flamme en frôlant rapidement un membre ou piquer une personne à un endroit du corps naturellement plus insensible) qui donne l’impression que la personne ne ressent aucune douleur, mais qui pourrait tout simplement provoquer un inconfort minime chez n’importe qui. Par conséquent, il ne fait pas une vérification adéquate de cette sensation d’analgésie qui peut d’ailleurs ne pas avoir été induite du tout.

Certains phénomènes peuvent paraître plus spectaculaires, notamment l’amnésie. En effet, c’est un phénomène qu’on connaît en psychothérapie. Elle peut se présenter comme mécanisme de défense dans le cadre de certaines pathologies comme elle peut tout autant être saine comme réaction. Dans une étude, on a pu révéler qu’il y aurait 1% d’un groupe de collégiens qui auraient une prédisposition à vivre une amnésie instantanée ou une amnésie post- hypnotique. Bien qu’elle puisse être réelle, elle n’est que transitoire. On a remarqué que ce phénomène était plus présent chez des gens avec un niveau d’hypnotisabilité très élevé. Par conséquent, les amnésies qui peuvent être induites chez les sujets lors de spectacles peuvent être tout à fait réelles, mais ce sont généralement des gens fortement hypnotisables que le divertisseur a minutieusement sélectionnés et qui sont également prêts à collaborer. Lors d’expérience avec l’hypnose clinique, il y a rarement des phénomènes amnésiques et les sujets sont pleinement conscients des expériences qu’ils vivent. De façon générale, le divertisseur donne l’impression à l’auditoire qu’il exerce un contrôle absolu sur les participants. Même au contraire, dans l’hypnose réelle, le sujet est en plein contrôle de ce qui peut se passer durant une séance thérapeutique.

En somme, en sachant que l’hypnose de spectacle correspond qu’en infime partie à la réelle description de ce qu’est la véritable hypnose, l’appellation porte alors à confusion. L’appellation devrait alors être révisée afin qu’elle ne puisse induire en erreur la population quant à sa véritable utilité. Malheureusement, il n’y a aucune loi qui ne régisse ce genre de spectacle présentement, donc il se pourrait bien que ces spectacles continuent à renforcer les fausses croyances véhiculées à son endroit.

Références :

Yapko, M. D. (2003). Trancework : An Introduction to the Practice of Clinical Hypnosis (3rd Edition). Brunner- Routledge: New York, New York.

Zilbergeld, B., Edelstien, M. G., & Araoz, D. L. (1985). Hypnosis: Questions & Answers. W. W. Norton & Company, Inc. New York: New York.